________Nue, je suis nue. Nue sur l'autoroute, le vent des bolides rutilants gifle ma peau. La chair suinte, chaque accélération pilonne une plaie immense et béante sur mes jambes disloquées.
Et je marche sans fin au long de la bande d'arrêt d'urgence. Tout défile à une vitesse effrénée, tout défile comme un grand ruban que l'on déroulerait du haut d'un gratte-ciel. Comme un missile dans sa rampe de lancement.
________Octobre et je suis nue, le matin, la nuit, et tu veux savoir si je tremble ?
Je traine ma carcasse, entre les autos, tu te demandes si j'ai peur ?
Pourtant je n'ai jamais été si sûre de moi. Loin l'inquiétude, j'ai tout décousu, recousu cent fois, sans foi ni loi, je suis une plaie sur patte, et je n'ai pas peur. Je n'ai jamais été si convaincue de tout, et ne t'en déplaise cette fois-ci c'est moi qui aurait l'audace d'être bien certaine d'avoir la vérité.
________Roule plus vite, ami, roule, déchire, je suis très déchirable, ce soir je suis la preuve vivante que tu te trompes sur toute la longueur.
Fonce et viens goûter le vertige, viens, ose !
Apprends-moi le vertige, viens, viens !
Je marche sur les rails, je frôle nos petites morts, je les frôle encore.
Et je suis nue, nue sur ton autoroute, et tes mots me fustigent, et je vais au delà de vents contraires pour te dire, tout n'est pas si compliqué. Je déglutis devant tes yeux qui tremblent comme deux phares au bout de l'allée. Allez dis, dis que tu me l'apprendras, ta paroi, tes pizzerias sur les aires de repos.
________Tu es le démon de mes nuits, les warnings de ma carcasse, et même... Et même si tu m'agaces, si je perds souvent ta trace, j'adore qui tu es sans le savoir. Celui là même qui susurrait « ne pars pas ou je meurs ». Tu m'as donné mes plus beaux accidents, mes plus belles traversées, mes échappée-belle. A coup de cric, je change tes cracks pour un nouveau voyage.
Je fume ta cigarette, nue sur le bord de l'allée, je fume ta dernière cigarette, sans tousser, sans broncher, je salue les badauds. Je suis toute nue devant ma porte, tu m'embrasses comme un petit moineau blessé.
Je picore un gâteau sec, il est minuit enfin, le carrosse, se transforme en citrouille ; si tu crois que j'ai la trouille.
________Le brouillard, se lève, j'ai un peu la migraine, comme après ces soirées où j'enquille sans compter. Ces nuits que tu ignores. J'ai un peu la migraine, le brouillard se lève, mon collant se file. Je bois trop de café, j'ai mal au ventre. J'ai revu Lila, il parait que je n'ai jamais paru si belle. Vois dans la diagonale du vide ce que tu as fait de moi.
Je suis belle au dehors, céruléenne à l'intérieure, et quand tu te serres contre mon corps, là après la tempête, ça fait comme une aquarelle de polychrome. J'ai le c½ur chamarré, et je suis comme un bateau égaré, et je jette sur toi mon attache, comme pour amarrer mon c½ur au plus beau taquet des docks. Cela prendra le temps qu'il faudra, pour remettre nos c½urs au dehors, mais si je flanque des coups de pieds dans les doutes, si je les démolis un par un c'est sans doute... Sans doute qu'enfin je m'écoute, et que j'entends très fort cette petite voix qui murmure « cette fleur là ne fane pas ». Ne pose pas de question, attrape ton téléphone, donne moi rendez vous, quelque part, n'importe où, bricole moi un été, rejoue moi ta magie.
Le brouillard se lève, j'ai un peu la migraine, comme après ces nuits en filigrane où tu n'oses que la fougue, ces nuits où tu t'endors la tête sur mon sein.
________Reviens.